001 QUETY
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002 NATHALIE
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018 VIVIANE
018 VIVIANE

001 QUETY
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Portrait par l’objet

 

Pendant cette résidence Lena Durr à collecté les paroles des employés de Récobrada, leur a posé des questions sur l’objet, son sens, comment il intervenait dans leur vie. Ces paroles ont façonné des sensations. Avec la collaboration de chacun, ces sensations se sont muées en décors, par petits théâtres d’objets disposés au cœur de la ressoucerie. Ces décors photographiés se sont transformés en images, exposées en grands formats à même le mur extérieur de Récobrada. Exposition pudique et délicate des portraits de ceux qui œuvrent quotidiennement pour la vie de ce grand magasin solidaire.

Mais les décors ont été gardés puis ont servi à la conception d’un lieu pensé par l’artiste à l’étage de la Médiathèque du Fousseret. Portrait collectif, décor ou tous se retrouvent mis en scène, représentation par les objets assemblés de cette communauté riche de sa diversité.

Certaines images ont été dupliquées pour intégrer l’Espace Angonia de Martres Tolosane.

Au garage Portet c’est Patrick, employé très investi dans l’aide matérielle quotidienne aux artistes en résidence, qui a été photographié par Lena Durr et qui occupe un mur entier de la galerie.

Collectionner

 

Une clientèle diverse achète dans les ressourceries, les Emmaüs, les glaneries, rassemblant à la fois, chineurs, consommateurs militants et collectionneurs. Quel nouveau rapport à l’objet s’instaure lorsque qu’il a eu plusieurs vies, accumulé plusieurs usages, a déjà subi des transformations ? De quoi l’investissons nous ? Le faible coût de ces objets ne conduit-il pas à de nouveaux comportements d’accumulation ?

 

Dans les ressourceries, des secteurs sont définis, dédiés à des familles d’objets qui sont eux-mêmes classés, rangés, empilés par catégories, pour des raisons d’agencement, d’optimisation d’espace et de rentabilisation des surfaces disponibles, liées à la gestion des stocks, aux flux d’objets. Ce sont des accumulations, mises en scène de tas, déjà possiblement vocabulaire plastique, mais pas encore des collections.

 

Être collectionneur et collectionner, part d’une intention. C’est réunir, rassembler, associer le semblable au sien, créer une famille d’objets, corpus de formes, ou déclinaison du même, catalogue désiré raisonné, voulu exhaustif, de choses diverses accumulées autour de la même fonction, du même usage, de la même pratique, du même nom, de la même histoire, synchronique ou diachronique.

Quel est l’origine d’une collection ? Quoi se cache sous ce désir d’accumulation systématique ? Quel en est le sous-texte ?

Les collectionneurs trouvent dans ces stocks d’objets divers de quoi compléter une série et s’y retrouvent aussi des brocanteurs dont l’œil aguerri décèlent celui qui peut être revendu. Des passions monomaniaques y naissent, des idées de transformation du monde, et des projets s’y construisent à partir d’objets qui ont perdu leurs usages domestiques, ou simplement notre affection, pour être alors réinvestis 

N’y a-t-il pas aussi dans la recherche du collectionneur, à l’instar de la démarche de l’artiste, une réflexion sensible, une obsession, une concentration ultime à l’écoute d’un objet surinvesti, d’un sujet approprié, mais aussi des rituels, des échanges symboliques, puis un don de ce qui est produit par son exposition. 

Lena Durr fait des portraits. Ou plutôt des autoportraits en passant par le regard des personnes rencontrées. Elle cherche quelque chose d’elle-même dans l’autre et trouve en elle l’image de l’autre.

Dans son travail sont étroitement imbriqués :

La recherche sensible de l’objet-citation et l’émotion du passé enfoui au cœur fragile de l’objet obsolète. Le souvenir d’une enfance heureuse dans la maison familiale, dans ses dépendances hétérotopiques pleines des premières collections, des premières solitudes meublées et le constat d’une humanité égarée dans le cumul du matériel. L’observation de nos vies comme du mica, opaque aux insensibles, translucide aux regards attentifs, poli par un naïf « être au monde » généreux et joyeux.

 

Nous sommes faits de strates mal ajustées, d’épis de cheveux, d’incidents et d’accidents, nous sommes des schistes, nous sommes des roches volcaniques, parfois explosés à l’intérieur.

Mais dans les installations/portraits de Lena, nous devenons des jardins exubérants, des oasis luxuriants, des chambres d’enfants moqueurs, des greniers rêvés, des cachettes secrètes, des cabanes. 

Cachés derrière l’extérieur des objets, nous ouvrons aux autres notre intérieur le plus doux, nous posons simplement des questions, nous sourions doucement à l’objectif.  

 

Lena Durr défait le sort jeté sur les objets en déréliction accumulés dans la ressoucerie, puis elle leur crée un monde. Photographiant ce monde ou le re-présentant dans une installation, elle en fait un objet esthétique, elle y souffle une âme.

Cette sur-présence de l’objet devient un décor de l’absence.

Ex voto, il aura suffi d’une prière de l’artiste.

Un miracle en somme.

 

Carl Hurtin

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